S’il y a quelques années les dessins pour enfants signés WD évoquaient un univers fait de magie et de féerie, il en est tout autrement aujourd’hui. Certes Walt Disney a façonné l’imagination de nombreuses générations. Certes Walt Disney est toujours présent dans nos esprits. Toutefois, son nom reste associé aux symboles de la culture de masse,au consumérisme moderne. C’est à ce moment précis qu’intervient le nouveau WD, le WD du XXIème siècle, Wim Delvoye. N’hésitant pas à emprunter les figures des idoles populaires, Wim Delvoye défend sa vision de ce qu’il appelle la glocalisation.

Jouant de paradoxes, il s’empare de la culture populaire, des stigmates de la société de consommation pour dénoncer au mieux leurs excès. Artiste lui-même de l’excès, Wim Delvoye use et abuse du système dans un jeu entre tradition et innovation. Il n’hésite pas à afficher ses origines flamandes – la Flandre, région qui a vu naître les plus grands (Brueghel, van Eyck) – tout en se vantant de retranscrire de façon artificielle, le processus de la digestion au travers du Cloaca. Insistant sur le rapport systématique entre Histoire et civilisation moderne, Wim Delvoye nous livre sa vision iconoclaste d’un monde imaginaire, de tous les excès.

Symbole de son iconoclasme, l’omniprésence du crucifix dans son œuvre.
La religion constitue pour Wim Delvoye plus qu’une source d’inspiration, une source d’interrogations. Si la Crucifixion apparaît pour certains comme l’élément dramatique par excellence, le Flamand prend le risque de la traiter avec une note d’humour. Mickey ou Blanche Neige faisant office de Christ, leurs acolytes respectifs au chevet de la croix. Les icônes de la culture américanisée ne seraient-elles pas les apôtres d’aujourd’hui ? Wim Delvoye interroge,
ouvre des pistes.

La série de dessins préparatoires aux tatouages exposée au Havre en est la preuve. Acteur de la glocalisation, Wim Delvoye possède, dans la banlieue de Pékin, ce qu’il appelle une Art Farm. Ferme, délocalisée courant des années 1990, dans laquelle il y élève des cochons destinés à être tatoués. Pour Wim Delvoye, le cochon paré de tatouages constitue l’œuvre d’art. C’est sur ces cochons que le Flamand reproduit les dessins de personnages qui ont bercé l’enfance de bon nombre d’entre nous. L’artiste n’hésite pas à mettre en scène les icônes issues du monde de Walt Disney dans des situations lointaines de celles imaginées par ce dernier. Ces figures ne sont plus seulement les symboles du divertissement mais deviennent aussi ceux de la perversion de nos sociétés. Heurter la sensibilité devient un moyen d’expression.

Reproduisant le fonctionnement de notre modèle économique, de la production à la vente, jusque la consommation, l’artiste sulfureux se joue et dénonce le consumérisme moderne. Profiteur du système, Wim Delvoye exploite le filon que constitue l’art contemporain.


Sergio Bonati



ŒUVRES VISIBLES À LA VILLA MARITIME ARMAND SALACROU

66 boulevard Albert 1er, 76600 Le Havre

Entrée : 10 rue Guy de Maupassant,
Accès en bus : lignes 4 et 10 (arrêt Albert 1er)

Ouvert tous les jours de 11h à 19h*

Wim Delvoye
shapeimage_5_link_0http://www.ville-lehavre.fr
http://www.casinolehavre.com
http://www.partouche.com
Wim Delvoyehttp://www.wimdelvoye.beshapeimage_5_link_0